Jeudi matin, atelier municipal, extérieur jour.
6h. Les employés municipaux arrivent un à un pour attaquer la journée. Le programme déjà établi prévoit une équipe à l'entretien des chemins une autre à la préparation du chantier sur la place de l'église. Tout semble bien se présenter, il fait beau, la journée va être chaude. Les horaires d'été 6h / 13h permettent de travailler à la fraîche. Les pluies fréquentes du début de saison ne laissent pas de répits, il faut passer la débrousailleuse dans les chemins pour ne pas se laisser envahir. Sur la place de l'église, il faut préparer le chantier de mise en place du comptage forain en vue des festivités de l'été. Une journée comme les autres se profile donc. Mais c'est sans compter sur Sébastien qui vient d'arriver. "En venant, j'ai vu une grosse fuite d'eau sur Aubignac, Il faut aller voir". Branle-bas de combat. On charge les pelles et les pioches et c'est parti.
Arrivés sur place, cela semble sérieux car la route est un véritable torrent. La pression sur le réseau à cet endroit doit avoisiner quinze bars. Ces temps-ci, l'équipe municipale fait la chasse aux gaspis sur le réseau de distribution qui prenant de l'âge montre quelque signes de faiblesse. La fuite est sur une dérivation d'abonné. Un coup de clef sur la vanne et le sifflement de l'eau cesse. Il est 7h. On met la tronçonneuse thermique en marche et le revêtement de la route est découpé, puis c'est à la pioche et à la pelle que l'on commence la tranchée pour atteindre la canalisation en défaut. Chacun son tour, Serge, Sébastien et Renaud se relaient pour sortir la terre. Une chance, dans le quartier, la consistance du terrain est plutôt sablonneuse. Le voisin alerté par le bruit vient aux nouvelles. Serge lui propose de remplir quelques casseroles d'eau pour les travaux ménagers du matin et attendant la fin de réparation. Un coup de clef et la vanne est ouverte pour quelques instants. C'est la douche assurée pour tout le monde. La colonne d'eau s'élève dans les airs et retombe sur les ouvriers. Au moins on voit où est la fuite. Quelques coups de pelle plus loin et le tuyau de distribution est à jour. En place depuis plus de trente ans il a eu du mal à supporter la pression. Il faut remplacer le morceau défectueux à la sortie de la vanne. Le problème est de trouver une bride qui s'adaptera sur une vanne aussi ancienne avec un tuyau haute pression récent. Serge doit retourner à l'atelier pour rechercher dans les récupérations une pièce qui s'adaptera ou bien aller en chercher une à Alès. Pendant ce temps, Sébastien et Renaud préparent le raccord et le tuyau. A 9h30 tous les éléments sont réunis et on assemble tuyau, bride et boulons. A 10h la vanne est ouverte et la distribution assurée. Il ne reste plus qu'à repositionner les cales autour de la vanne, la plaque de pression , le tubage de la clef, reboucher la tranchée et repositionner la bouche à clef. A 11h l'intervention est terminée.
Le programme de la journée est entièrement chamboulé. Le débroussaillage est remis à demain. Ce n'est pas une grosse intervention, me direz-vous, mais l'équipe municipale est intervenue rapidement pour résoudre ce problème et faire de substancielle économies d'eau, d'éléctricité pour monter l'eau aux bassins. C'est un service que beaucoup d'usagers n'évaluent pas.
Bien sûr, il sera possible de faire remarquer que l'herbe n'as pas été coupée dans un des quartiers de la commune, mais en quatre heures la fuite importante d'eau a été traitée, l'abonné n'a subi que peu de dérangement. Personne n'a perdu de temps au téléphone pour essayer de trouver par télé-orientation l'interlocuteur qui aura bien voulu entendre la requête d'un client en détresse la veille d'un week end : "Si vous avez des problèmes de facturation, faites le 1, si vous voulez modifier vos coordonnées, faites le 2, pour tout autre question, faites le 3". Bien évidemment quand vous faites le 3, vous perdez votre ligne et il faut recommencer. Quand vous avez le 3, les rubriques suivantes ne parlent en rien de dépannage urgent, il vous faut essayer un autre choix. Quand enfin vous finissez par obtenir un opérateur, ce n'est pas lui qui traite ce type de problème et il va essayer de vous mettre en communication avec celui qui sait ce qu'il vous faut et là, surprise, "bip, bip, bip" c'est coupé. Déterminé, vous retentez l'opération et fier de l'expérience précédente, vous atteignez très rapidement non plus la personne que vous aviez eu précédemment, mais un autre qui ne comprend rien et auquel vous devez ré expliquer votre affaire. C'est normal car le service de télé-opération n'est plus celui de Marseille mais celui de Casablanca. Enfin, la communication n'est pas interrompue et vous avez pu tout dire pour vous faire comprendre bien que l'on vous aie fait entendre que vous n'employiez pas les termes techniques appropriés mais que ce n'étais pas grave car vous n'étiez pas un professionnel de la question, mais, navré, les équipes techniques sur des petites interventions ne pourront pas venir avant lundi.
Vous avez passé une heure au téléphone en cherchant par un 08 quelque chose à vous faire entendre. Cinq ou six appels auront été nécessaires et passons sur les temps d'attente (qui ne sont plus facturables...). La fuite d'eau aura duré quatre jours durant lesquels les pompes auront monté de l'eau dans les réservoirs à pure perte, consommant allègrement du courant électrique pour rien. Vous aurez perdu patience et vous vous êtes promis qu'à la prochaine fuite vous vous garderez de chercher à prévenir qui que ce soit, laissant au voisin le plaisir de perdre à son tour une heure et cinq appels téléphoniques pas toujours facturés en communication locale.
Si nos employés municipaux ne coupent pas l'herbe devant notre porte, c'est qu'ils sont pris par ailleurs sur une intervention qui au bout du compte évitera que nos impôts locaux n'augmentent et puis sortons notre débroussailleuse et nettoyons nous même le devant de notre porte cela fait de l'exercice nous protègeant de l'infarctus du myocarde.